Association Européenne des Jeux et Sports Traditionnels

Patrimoine immatériel et représentation matérielle

par Biel Pubill Soler dans Information

Par patrimoine culturel dit «matériel» on considère principalement les monuments, l’architecture, les objets d’art et le mobilier, et mêmes certains paysages construits. C’est le tangible, ce que l’on peut toucher. Le patrimoine culturel immatériel est l’intangible, c’est-à-dire ce que l’on ne peut pas toucher, mais seulement deviner, imaginer. Ce sont toutes les pratiques, traditions, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire transmises par la population.

Pourtant l’intangible n’est pas le contraire du tangible, mais souvent l’inspiration, la source de l’art et de toutes les représentations que l’on peut voir sur les monuments qui font la fierté des civilisations. Sans intangible, on pourrait presque dire qu’il n’y aurait donc pas de monuments.

Eglise de Zangoza

Lorsque nous visitons certains de nos monuments, cela ne saute pas toujours aux yeux, car il faut questionner les représentations des œuvres et il faut donc des bases culturelles. Voici un exemple concret au moment d’une visite dans une vieille ville appelée Sangüesa en espagnol ou Zangoza en basque, en Navarre espagnole. Cette ville est une très ancienne Commanderie des Hospitaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem (croisades). L’église fut construite vers 1130 mais la façade Sud est plus récente (début 13ème).

Comme d’habitude, toutes les scènes sont censées décrire uniquement des scènes de la bible, mais comme d’habitude, les artisans (artistes) de cette époque étaient avant tout des êtres humains. Ainsi, pour représenter une scène qui leur avait été commandé par les architectes en charge de la construction du bâtiment, ils ont certainement utilisé la réalité de leur vécu ou environnement proche. L’exemple choisi pour cet article est la lutte. La scène représentée sur la façade est ce que les contemporains pouvaient voir lors de fêtes, des foires ou de certains tournois avec des gens de guerre, etc.

Les lutteurs – The wrestlers – Los luchadores

Ici les lutteurs sont uniquement vêtus de caleçons comme quelqu’un le serait après avoir décidé de lutter au moment d’une foire après avoir dû enlever une partie de ses vêtements pour le faire. Ils luttent debout. Ils s’agrippent au poignet et derrière le cou ou l’épaule comme n’importe qui doit le faire pour lutter sans veste ou gilet de toile. La vue d’en bas montre bien qu’un lutteur accroche la cheville de son adversaire afin de le déséquilibrer et le renverser. Quelles étaient les règles? Personne ne le sait exactement. Elles dépendent des mentalités, des influences comme la culture religieuse, de l’habillement et de sa robustesse, etc. La seule chose que l’on sait est que les règles étaient modifiées par les populations locales, actrices de leur propre vie.

Joueurs de balle Joueur de crosse

On peut trouver ce genre de représentations symboliques en de très nombreux édifices religieux, lieux d’expression de l’art, de la connaissance et du pouvoir. C’est le cas dans les cathédrales en particulier. Quelques exemples: 1) jeu de balle, stalle de la cathédrale de Gloucester (13ème) Angleterre; 2) jeu de crosse, façade de l’église de la Martyre (16ème) France; 3) jeu de lutte au bâton, stalles de la cathédrale St Bertrand de Comminges (16ème) France, à comparer avec une scène de lutte au bâton en Yakoutie aujourd’hui, mais ce jeu existe toujours dans plusieurs pays.

Lutte au bâton et Lutte au bâton en Yakoutie

Au moment de vos voyages vous pouvez tous expérimenter ce type de découverte, dans les bâtiments religieux, dans les noms de rue ou les vieux quartiers de nos villes, à travers les noms de lieux des hameaux ou mêmes le nom des champs.

(Texte G. Jaouen. Photos G. Jaouen et M. Maximov)

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